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L'EST ECLAIR
- CRITIQUE DE CONCERT
Dans
un ouvrage consacré aux "Mystérieuses
cathédrales", l'auteur, Maurice Guinguand, précise
que, pour appréhénder pleinement le pourquoi et
le comment de ces édifices, il n'est pas nécessaire
de connaître toutes les.règles architectoniques ou
les enchaînements architecturaux : "il est seulement
indispensable de se placer simplement au niveau d'individus oubliant
les déformations intellectuelles et sensitives que peuvent
infliger notre conformisme et notre prétention... Reconnaître
ne rien savoir mais savoir se rendre réceptif et... attendre".
A
ce prix-là, seulement la sensation puis ia perception intérieure
et intime d'une harmonie universelle et de cet ordre cosmique
que matérialisent ces "joyaux, parcelles de lumière
céleste pétrifiées par le savoir des hommes".
C'est
avec une mëme innocence et ce même regard dépouillé
de tous les clichés rationnalistes qu'il convient d'approcher
les compositions de Jean-Christian Michel et la véritable
féerie de sons et lumières
mêlés qu'il fut donné à quelque 400
Aubois de vivre vendredi soir, sous les voûtes illuminées
de milliers d'étoiles de la cathédrale.
A
l'unisson de cet environnement merveilleux, la "Musique de
Lumière", offerte par les quatre musiciens, est de
celles qui en appellent à la plus lointaine mémoire
de l'homme, à ses aspirations les plus fondamentales et
à son authenticité profonde.
Enveloppée
de poussière cosmique, revêtant par la magie du laser
les formes les plus fantasmagoriques déroulant ses lancinantes
incantations ou ses tuberculences chaotiques, la clarinette
de Jean-Christian Michel est une pressante invite au voyage hors
de l'espace et du temps connus.
Pour
parvenir à ia "Lagune insondable" ou "Au
cœur des étoiles", le tunnel est là, fuyant
à perte de vue, imprécis et mouvant, presque palpable.
Un gigantesque aspirateur prêt à vous propulser dans
Ies galaxies et qui se dérobe lorsque vous y posez imprudemment
le pied... au lieu de votre seul esprit.
Au
royaume de l'illusion, le laser est roi. Et manipulé avec
la compétence et la clairvoyance des techniciens du laser
show, pourtant amenés à assurer le spectacle
de façon tout à fait impromptue, c'est du grand
art.
Parfaite
connivence entre les jeux élaborés du rayon lumineux
(amplifiés et diversifiés grâce aux secrets
des effets) et les rythmes des instruments, parfaite symbiose
entre la lumière et les sons, parfaite harmonie aussi avec
ce vaisseau de pierre renouant pour un soir avec sa vocation de
réceptacle et d'émissaire privilégiés,
destinés à poser (et résoudre !) "L'éÉquation
de l'Infini".
Jean-Christian
Michel préfère au vocable de musique
sacrée celui de musique spirituelle qui, d'évidence,
est moins restrictif. Car en fait, comment dissocier profane et
sacré dans le domaine des sons lorsque la pierre, elle-méme,
se refuse à le faire (qui osera nier l'assise profane des
cathédrales ?).
Et plutôt que d'enfermer son public dans un style re!evant
d'un catalogue sclérosé, il préfère
l'élever vers une autre dimension : ce!le où l'esprit
l'emporte sur la matière et le cœur sur la raison.
Il
lui suffit pour cela d'une clarinette, de Monique
Thus aux synthétiseurs,
de Gérard Mansio à la basse, de Jean-Marie Hauser
à la batterie et percussïons et d'un faisceau lumineux.
dont la puissance n'a d'égale que le souffle de l'artiste
et... la réceptivité du public. A Troyes, vendredi,
les spectateurs se sont laissé emporter.
Lise
PATELLI-MARTIN. |