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Poème
d'Amour de Jean-Christian MICHEL
"Leur
première vraie nuit fut celle qu'ils appelèrent
Port-Maria..."
Leur
première vraie nuit fut celle qu'ils appelèrent
Port-Maria... Ni Elle, ni Lui ne s'était pris ou donné...
Appel des harmoniques de la vie. Appel de ces senteurs aiguës,
de ces vibrations cuivrées, rythmant en cadence le concert
des insectes nocturnes. Appel de lhorizon, agglutinant en
transparences moirées la frange des eaux à lazur
crépusculaire, cette ligne sur laquelle elle aurait voulu,
enfant, poser son doigt... Le souvenir lui en revenait parce quil
lui révélait la communion du ciel et de la terre,
dans linaccessible du sublime spectacle.
La
nuit profonde, venue des temps erratiques avait réuni cet
homme et cette femme, les avait éveillé, chauffé
à blanc et fusionné dans son creuset de pureté
incandescente.
Enlacés
dans le typhon qui les engloutit et les fait renaître, les
voici vacillant dans lélément liquide de labîme
céleste. Sombrant sans pesanteur dans des océans
bleus, ils redécouvrent du fond de leur regard ce paradis
des origines, cette douceur du sein maternel, où tout est
donné sans rien demander.
Lentement,
longuement, ils évoluent dans un royaume sans dimension,
au milieu dune jungle aquatique aux fleurs translucides.
Renversés doucement sur des sables phosphorescents, ils
flottent entre des galets gigantesques aux couleurs de pierre
de lune, interfèrent et pulsent avec les chants de la terre
et de linfini...
Alors,
des heures durant, le temps suspendu, ils luttent pour et contre
cette possession qui les noue et les noie. De toutes leurs forces,
ils tentent de retenir celle parcelle d'éternité
qui leur est offerte : sans geste, retenant leur respiration,
tels deux aimants tendus vers lAttente.
Mais
peu à peu, leurs nerfs à vif sexaspèrent
et cèdent. Leur imagination saffole et s'enflamme.
Du lointain s'avance l'orage. Il les submerge irrésistiblement,
bouleversant le paysage tendre et sensuel de leur plaisir maîtrisé.
Des torrents embrasés sourdent soudain en eux. Des éclairs
illuminent leur monde devenu convulsif et prodigieux.
Ils
halètent... ils suffoquent. Ils tournoient dans la spirale,
se divisent et se rejoignent simultanément dans les systoles
dun fantastique carillon cosmique. Ils ignorent tout, si
ce n'est qu ils sont au centre d'un noyau d'eau et de feu, en
résonance avec l'énergie des premiers instants de
la création, et qui les projette à des milliards
d'années-lumière... !
...
De l'orient, le soleil a surgi comme un cri, inondant leur chair
et le ciel de ses rayons éblouissants : Ruissellent alors
en eux des sources irisées, des cascades de lumière,
des fontaines de diamants qui éveillent leur écume
d'aspirations et de rêves retrouvés.
Au
delà de lharmonie totale des corps et des âmes,
ils transcendent leur extase dans le mystère dun
amour plus grand encore, celui qui, depuis la nuit des temps,
alimente le fleuve de la vie.
Pour
lui, pour elle, la nuit exquise de Port-Maria sestompe dans
le jour nouveau.
Dans les
jardins du ciel, où sabolit la différence
entre les êtres et les choses, blottis dans les reflets
dune paix absolue, ils reposent en flottant parmi les bulles
dune aquarelle qui se disperse à linfini"...
Jean-Christian
MICHEL |